A l’approche du centenaire de l’Armistice, la Chaire Économie de Défense a organisé ce 10 octobre 2018, à l’École militaire, une journée d’étude sur le thème : « Les morts de la Grande Guerre : Hasard ou déterminisme ? ».Voulue par Jean Belin, titulaire de la Chaire, et Antoine Parent, Professeur des Universités à Sciences-Po Lyon et coordinateur de l’équipe CAC-IXXI, cette journée a réuni des chercheurs issus de différentes disciplines et dont les travaux portent sur l’analyse des morts de la Grande Guerre afin d’offrir une perspective nouvelle sur des questions encore inexplorées. Une grande partie du travail empirique se fonde sur la base de données fournie par le SHD (Service Historique de la Défense) et intitulée “Mémoire des hommes”.

L’événement a réunis environ 200 participants avec notamment la présence remarquée d’élèves des lycées Fénelon (Paris 6ème) et Hoche (Versailles).

Après une introduction de Jean Belin, Antoine Parent a mis en perspective les travaux présentés et rappelé l’importance de l’événement par rapport aux commémorations du centenaire de l’Armistice. Ainsi, la “cliométrie des soldats morts pour la France” revêt un caractère majeur, dépassant très largement l’aspect mémoriel des travaux de la journée.

Jean Belin, titulaire de la Chaire Economie de Défense, 10 octobre 2018, Introduction

Antoine Parent, Professeur à Science Po Lyon, 10 octobre 2018, Introduction

Première table-ronde

Lors de la première table ronde, structurée autour de la question des inégalités des soldats devant la mort, Jean-Pascal Guironnet (Université de Normandie, Caen) a notamment montré qu’il n’y avait pas de régions davantage sacrifiées que d’autres d’un point de vue statistique. Cette présentation était la synthèse d’un article publié par l’auteur (avec Antoine Parent) dans un numéro spécial de la revue Defence and Peace Economics et coordonné par Julien Malizard, chercheur à la Chaire Économie de Défense.

Olivier Guillot (BETA, Univ. de Lorraine) a ensuite proposé une analyse des inégalités de temps de survie chez les soldats « Morts pour la France », ainsi que de l’incidence sur ces données du nombre de citations du régiment ou de fusillés dans ses rangs. La mathématicienne Nicole El Karaoui (Paris Sorbonne) a enrichi le débat par son expérience statistique mais aussi personnelle sur ces questions.

Olivier Guillot, BETA, Univ. de Lorraine, 10 octobre 2018, Première table-ronde

Deuxième table-ronde

La deuxième table ronde a permis de discuter les choix stratégiques opérés par le haut commandement. L’approche par la recherche opérationnelle (RO) de Jesus Gonzalez-Feliu (École des Mines de Saint-Étienne) a ainsi montré que certains plans logistiques militaires suivaient une forme d’optimisation, compte tenu des techniques en RO de l’époque.

Gilles Gaba (Isfa, Univ. Lyon 1) et Stéphane Loisel (Isfa, Univ. Lyon 1) ont pour leur part étudié, grâce à la géomatique, les mouvements des régiments sur le front. Cécile Bastidon (LEAD, Univ Toulon) et Hervé Pierre (Conseiller Terre au cabinet du Premier ministre) ont quant à eux apporté leur éclairage économique et leur expérience militaire à la discussion.

Deuxième table-ronde, discussion, 10 octobre 2018

Troisième table-ronde

Enfin la question de “ceux qui restent” était au cœur de la troisième table ronde. Gilles Vergnon (Sciences Po Lyon) a ainsi étudié la violence de la société civile et le retour des soldats du front. Gilles le Garrec (Sce Po, OFCE) et Vincent Touzé (Sce Po, OFCE) ont ensuite évalué les premières politiques sociales françaises ayant émergé en faveur des veuves, invalides et pupilles de la nation suite au premier conflit mondial.

Deux témoignages ont ensuite permis d’ajouter une touche plus personnelle : Frédéric Gannon (Univ. du Havre, OFCE) a présenté la biographie de son arrière-grand-père, Georges Patard et Pierre-Yves Péguy (LAET, Univ. Lyon 2) de son aïeul Charles Péguy, mort au front en 1914. Ces travaux ont été ensuite discutés par Isabelle Davion (Sorbonne Université) et Mehrdad Vahabi (Univ. Paris 13).

Pierre-Yves Peguy, LAET, Univ. Lyon 2, troisième table-ronde, 10 octobre 2018